les deux bouchons - 13 - marché conclus

Publié le par Fab le lyonnais

 

     Tous les gens s’écartent quand ils voient passer devant eux, un homme    qui sait où il va

     Antoine de Saint-Exupéry

  

     Les deux bouchons – 13 – le marché

   

     Sébastien Montecuculli était absolument innocent. Le dauphin, qui avait joué à la paume, en s’en donnant tant qu’il pouvait, et qui se trouvait mouillé de chaud, avait demandé à boire quelque chose de frais ? Son écuyer, Sébastien, lui fit servir de l’eau glacée dans l’aiguière en cristal à son initiale, dont vous possédez le bouchon. L’imprudent dauphin en chopa une fluxion de poitrine si tant forte, qu’il en mourut en un rien de temps. L’écuyer, accusé de l’avoir empoisonné, fut jugé, condamné et exécuté.

     - C’était bien fait, que ronchonnait Tomate. Pourquoi aussi qu’il lui faisait boire de l’eau à ce mami alors qu’il y avait moyen de lui donner à boire du vin. Trempe comme il était, c’était une chemise en capucin* qu’il lui aurait fallu.

     Et le Toine de rajouter :

     Y n’avait qu’à mieux l’éducationner son dauphin, le Sébastien.

 

     Finablement, le Conservateur leur glisse en douce que cette relique de l’histoire de Lyon, ferait trop bien dans son musée, et qu’il lui la faut.

     - Je ne vous cache rien, et je ne tournicote pas par quatre chemins.

Je vous donne trois cent francs du bouchon si que ça vous va de le vendre.

Je vous laisse vous entendre entre vous, et je m’en vais attendre sur le palier, votre réponse.

 

     Comme de bien vous pensez, ça a été oui. Qu’est-ce qu’ils auraient pu en faire de cette verroterie? S’étant consultés un petit moment, dans la souillarde, Baraquette revient dire au Conservateur, qu’ils le vendront bien… Mais qu’ils en voudraient quand même un peu plus…

     - Diable ! Que fait l’autre, et combien ?

     - Disons trois cent cinq francs et dix sous !

     Ils surfaisaient le prix de cinq francs cinquante pour payer à Tomate le nouveau bouchon des écommuns. C’étaient de bien braves gens que ces paroissiens là ; vous en trouverez t-y des locataires de cet acabit ?

     - Ah ça va que fait le Conservateur du musée de Gadagne. C’est un drôle de compte, mais ça va. Je peux aller jusque là.

     Ils topent, et le Conservateur, après avoir donné les argents, leur dit bien merci à tous avec des poignées de mains et il s’ensauve en portant son antiquité comme un Saint-Sacrement. On l’entendait tandis qu’il débaroulait les escayers dire :

     - Je suis ravi, ravi, ravi.

 

     Comme de bien s’accorde, les Baraquette, moyennés comme ils étaient maintenant, et n’ayant rien sur le feu à midi moins dix, y sont pas remonté en Beauregard pour s’acheter une salade de groins d’âne et un gendarme. Oh ! Que non. Crève l’avarice ! Ils ont invité Tomate et ils sont allés tous les trois se payer un mâchon numéro un au Petit Versailles*. Pour se consoler de tous les bouchons qui changent tout le temps de prix, comme à la bourse, ils ont décidés de ne plus s’intéresser qu’aux bouchons à vin, les vrais, en liège ; des bouchons qui boucheraient des pots de vrai beaujolais.

     Ils en on tant fait sauter, de ceux là, pour se laver le cou par en dedans, qu’en sortant du cani, vers les cinq heures du tantôt ils étaient encore plus émotionnés qu’en y entrant. Avant de rentrer après ce petit revolon*, c’est bras dessus bras dessous pour avoir plus d’aplomb, qu’ils sont allé acheter le peigne de la Génie et commander en rue Grenette, le couvercle en sapin ciré pour Tomate.

     Le bruit de la découverte n’avait pas manqué de s’éventer dans le quartier, et du depuis, vous pouvez voir, devant le Musée de Gadagne, une queue de monde depuis la porte jusqu’à la descente du pont de pierre. Sans compter qu’on a été obligé d’envoyer au Gourguillon une troupe d’urbains*, à demeure, vu que les gones commençaient à tout le dépaver, comme si c’était la Révolution.

     Voilà comme finit ma gandoise qui a commencé le 14 novembre 1305 jusqu’à ce jour du 12 juillet 1927 et mêmement que si on retrouve le bouchon du pape, je viendrais vous le raconter si que j’en ai le temps.

 

     La morale de cette histoire est que si la Génie avait pas cru avoir déniché le bouchon du pape, si Tomate avait pas perdu le bouchon des écommuns, si le Toine avait pas douté, si le bijoutier avait pas fait une marque sur le verre et si le Montecuculli avait pas été écartelé, je serais pas venu ce soir vous raconter mon patrigot.

     Portez-vous bien mes belins belines, jusqu’à la revoyure….

   

 

    Chemise en capucin : verre d’eau-de-vie, gnôle.

     machonnerie
Petit Versailles :
ancien restaurant lyonnais de la rue Tramassac près de la ficelle du Gourguillon. Actuellement et depuis 1970, le restaurant la Machonnerie   de la rue Tramassac offre des menus lyonnais authentiques à se faire péter la sous-ventrière de plaisir. C’est pour moi un in-con-tour-nable pour les visiteurs de par chez nous et mêmement les ceusses qui ont la chance d’être de bons gones.      

 

     Revolon : c’est un repas de fête, de communion, d’anniversaire ou tout simplement pour se faire plaisir entre amis

 

     Urbains : policiers municipaux des autrefois. On les appelait les gardes urbains, pour les différencier des gardes-champêtres ruraux.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

zouzounette40 21/03/2010 10:41



Bonjour Fab....je prends le temps ce matin de venir finir cette histoire....
ils ne s'en sortent pas trop mal finalement...pas la richesse mais une bonne pièce pour se faire plaisir....merci de nous éclairer sur ce langage...des autres fois.....lol !!! gros bisous Fab



ysengrin45 16/03/2010 16:50


Ha ! Cette langue, fab, je m'en régale ! Un vrai plaisir...


Nouchkaya 10/03/2010 22:35


En te lisant (moi qui aime la langue française..) je me dis que c'est du bonbon à savourer...rien que pour les mots, lmes sonorités...du bonheur, du  pur bonheur...
Gros bisous à toi et bonne soirée à toi!


Nouchkaya 10/03/2010 21:31


Je réponds à ton com : il est vrai (et je ne l'avais pas mentionné) que sherlock holmes n'est pas le personnage politiquement correct qu'on nous montre d'habitude! C'est pourquoi j'ai vraiment aimé
le film car Robert Downey Jr incarne le détective qui est toujours à la limite...Il boit même de la lotion occulaire comme lui fait remarquer Watson!!! Il en est de même avec James Bond! Le
personnage joué par Daniel Craig, à la limite voyou est plus proche du personnage originel! Faut croire que les gens aiment les personnages lisses!!!
Comme toi j'ai adoré ce film et je l'ai recommandé autour de moi!!
Oui j'ai été choquée du livre de cette fonctionnaire! et je n'en suis pas une mais je ne supporte pas les généralisations qui sont à la base du racisme!!!
Bonne soirée à toi et je suis toujours ravie d'avoir tes visites qui sont pour moi des rayons de soleil...


Irina 10/03/2010 17:30



Bonjour mon cher Fab

J'ai lu ton histoire mais j'en ai retenu que la moitié .. avec tous ces " SI " .. j'y perds mon latin ..!

Une toute autre  blagounette qui n'a rien de commun avec ton texte ..
Si le renard n'avait pas caguer .. il aurait attraper le lièvre ..!!

Je t'ai prévenu .. blagounette au ras des pâquerettes ..!
Mais redevenons sérieux ..!

Je me suis longuement attardée chez ta fille " GINIE " .. et  je peux te dire que j'ai pensé à elle toute cette nuit .. la pauvre .. quelle charge avec son enfant handicapé moteur ..! 
je la plains et c'est sincère .. je peux me mettre à sa place .. parce que je connais un cas semblable .. le jeune a 35 ans et il est  encore entièrement dépendant de ses parents .. cela
donne à réfléchir et je me suis jurée à moi-même de ne plus jamais me plaindre .. c'est triste d'avoir à subir une telle épreuve ..!

Un grand coup de chapeau à Ginie ..quel courage .. j'ai beaucoup de respect pour elle ..heureusement qu'elle a une forte nature et qu'elle ne baisse jamais les bras .. tu l'embrasseras de ma
part ..!!

Merci pour ton humour malgré vos soucis .. Bisous de ton amie  Irina