l'ermite du Mont-Cindre - 1 - prologue

Publié le par Fab le lyonnais

Il faut toute la vie pour apprendre à vivre

Sénèque

 

L’ermite du Mont-Cindre – 1 - Prologue

 

Bien le bonjour mes belins, belines.

 

     Vous êtes bien tarabâtes*, y vous faut toujours des histoires. Allons,  assoyez-vous là, je m’en vais vous en dégoiser une autre. Toi, la Ginie, commence par moucher ton nez ; et toi Sucra, c’est pas parce que t’as les cheveux en brosse qu’il te faut tirer la natte de Cheyenne !

     L’aventure dont au sujet de quoi je vous cause, pour sûr que je l’ai pas vue ; cause que c’était d’avant moi, y a quasi cent ans, à peu près en 1910. Je la tiens de mon pipa, qui la savait d’un ancien, un franc bon gone qu’on appelait dans les temps anciens, l’aumônier de Guignol*, et qui la tenait lui-même…

     Mais tout ça vous est égal car bien sûr l’année 1910, c’est comme qui dirait du temps de Munatius Plancus*.

 

     Vous connaissez bien maintenant l’ermitage du Mont Cindre, pisseque vous y avez monté, l’autre jour, par la ficelle à air comprimé* qui suit l’avenue Vial-de-Vaise. Mais vous ne savez pas que dans ces temps, cette avenue n’était autre chose qu’un mauvais chemin rempli de parpins et qu’on appelait le grapillon.

La maison de Mesieu Vial se trouvait juste en haut, en contre –bas de l’ermite ; et comme, dans la cave de cette maison, y se récoltait chaque année dix sept sortes de vins différents, le grapillon était bien utile pour donner soif à ceux qui montaient pour y goûter les crus ; mais des fois, à la descente avec ces diables de parpins, y avait des buveurs d’eau qui se croyaient en Saône et qui se mettait à faire la planche en débaroulant sur le dos.

     Apprenez aussi pour votre gouverne que, dans les années 1910, l’ermitage du Mont Cindre appartenait, comme on disait, à la fabrique de Saint-Cyr. Y ne faut pas rien vous figurer que la fabrique de Saint-Cyr, c’était la cave de Mesieur Vial. Ni non plus que c’était un ateyer de soyeux qui aurait lâché le Griffon* pour s’estaller à la campagne. C’était censément l’église, ou, si vous préférez mieux, le Conseil municipable de la paroisse. Alors c’est y bon ! Tout le beau monde y suit bien comme il faut ! C’est que vous êtes une bande de démenets*.

 

     Et oui, parole de grand-père ! Voyez-moi ça ! Les gones d’à présents savent tout avant que de venir au monde. Bon, brèfle, si que vous êtes artets*, comprenez encore ça. Les fourachaux* du gouvernement avaient alors fait une loi que ce serait trop long de vous espliquer ; mais finablement à la fin des fins, y avait plus de fabrique à Saint-Cyr ; et l’ermitage du Mont- Cindre appartenait à l’autre conseil, le vrai conseil municipable sans qu’il aye eu besoin, de payer seulement le premier sou.

     Vous ne comprenez plus rien, c’te fois et ça vaut mieux. C’est que dans ces temps arriérés, y se passait des drôles de choses.

 

     Les gones du Conseil de Saint-Cyr, dans ces années de l’époque 1910, n’étaient pas rien des piliers d’églises ; pas moins, c’étaient des braves gens qui n’auraient pas écrasé une mouche contre la pile d’un pont. Ils ne voulaient pas mettre l’ermite dehors : d’abord une, ils n’auraient pas su que faire de l’ermitage après lui, et ils n’étaient pas assez diables pour avoir envie, une fois vieux, d’aller s’ermiter à sa place ; et puis, l’ermitage attirait du monde ; on y venait en pèlerinage ; et même les mamis de Lyon, après des polisses* à Rochecardon, y amenaient leurs canantes, censément pour se faire donner l’absolution.

     Tous ses passants laissaient des argents dans le pays ; et ce n’était pas une chose de faire que de les priver de ce plaisir. Les gones du Conseil donc, décidèrent que l’ermite aurait le droit de rester dans son chez lui, mais en payant une location. Ce qui vous montre mes belins, que les bissêtres* de la politique, ça ne finit plus par des chansons comme du temps du bon roi Dagobert, mais ça finit par des regrettiers*, quand ça n’est pas par des pousses-culs.

 

 

*

     Tarabates : turbulent, bougeon : ton gone est bien tarabate,  y me donne le tournis, un vrai tourmente-chrétien.

 

     Aumônier de Guignol : il s’agit de Monseigneur Lavarenne qui sous le pseudo de Benoît Lerégent faisait partie de l’Académie des Pierres Plantées et de la société des amis de Guignol. Abbé puis évêque, grand humaniste, professeur à la faculté catholique, il a œuvré pour l’harmonie entre les catholiques et les laïques, écrivait des pièces qu’il présentait pour le théâtre de Guignol et des ouvrages sur les gones de Lyon.

C’est mon principal inspirateur des gandoises que je vous conte sur ce blog et bien sûr je possède ses ouvrages chinés chez les bouquinistes du quai de la Pêcherie.

 

Plancus-Statue   


 
Munatius Plancus : fondateur de Lugdunum, sénateur et proconsul de la Gaule chevelue, il a accompagné Jules César dans ses conquêtes. Plus tard, c’est lui qui a suggéré à Octave de se faire appeler Auguste qui fut le 1er empereur du renouveau de l’empire Romain.

  





LYON Tramways Place Carnot-retouche[1]

    
Ficelle à air comprimé : tramway de l’ouest lyonnais fonctionnant à air comprimé par un procédé inventé par l’ingénieur français Louis Mekarski et qui a un temps remplacé la vapeur mais qui a vite été supplanté par l’électricité.

 

     Artet : bien comme il faut, dégourdi et intelligent

 

     Griffon : il s’agit de la rue du Griffon en bas des pentes de la croix-Rousse près de l’Opéra

 

     Démenet : dégourdi, mais c’est moins « chic » qu’artet

 

     Fourachaux : tête brulée, vaurien

 

     Polisse : polissonnerie

 

     Bissêtres : synonyme d’embièrnes, ennuis 

 

     Regrettiers : loueurs, personnes chargées du recouvrement des loyers

 

    

Au début du XXème siècle, (au moment de ce récit) un restaurateur du Mont Cindre, Monsieur VIAL, installé en dessous de l’ermitage lance une galéjade qui prendra une ampleur inattendue.

Pour faire la pige aux guinguettes des bords de Saône qui proposaient leur petite friture, notre plaisantin donna à ses frites le nom de « Goujons du Mont-Cindre ». Très peu de lyonnais connaissent de nos jours cette anecdote. Et pourtant tout le monde de chez nous y connaît cette expression.

C’est que je suis né à Vaise la gare d’eau et que de la fenêtre de la cuisine, je voyais le Mont-Cindre ; alors avec mon pipa, j’en ai appris un cuchon d’anecdotes.

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zouzounette40 21/03/2010 10:54



Je serais curieuse Fab de voir ta bibliothèque personnelle.....un trésor sûrement bien rangé...classé.... chaque bouquin à sa place....une vraie librairie ....chez toi...y a t-il encore de la
place ...dans ton cerveau....pour avoir lu autant de bouquins....?? et savoir tout ce que tu sais...?


je t'admire Fab....j'aurai aimé être aussi instruite...


malheureusement mon cerveau a moins de capacité que le tien !!! rire


bisous et bon dimanche ...


je repasserai lire la suite...



ysengrin45 16/03/2010 17:07


Et c'est reparti ! Les bons mots à l'envi ! Salut fab. Je suis... Amitiés.


marlene95 14/03/2010 10:03


j adore  lolll  bon Dimanche  fab.. c est fabuleux ..


ginie 13/03/2010 20:16


Bah moi j'ai rien compris? Ah oui j'suis pas un poteau...mais  heureusment sinon les clébards y léverait la pâte sur moi !! Non je sais c'est pas drôle mais bon faut que je me défoule alors
Ti-loup t'es super bien tombé !! héhé. Bonjour bonsoir mon pipa, alors la suite ce sera pas pour ce soir c'est bon je serais pas la quatrième!! je fais gaffe maintenant. Je te fais un gros bisous
et te souhaite une bonne soirée et n'abuse pas trop des photos de zouzounette.......Aie Ti-loup bah voilà t'as toujours des copains qui prennent ta défense flûte crotte bique !!.........Allez je
file...........flap flap flap


JEFF 13/03/2010 17:20


Euh... dis m'sieur Senèque, et pour ceux qu'ont dû apprendre plus vite, bien avant d'avoir passé le premier quart... y a quéque chose pour eux ? Ils gagnent quoi s'ils ont réussi à apprendre
l'essentiel ?

Ah je viens pinailler hein ... mais qui veux tu que j'aille emmerder si ce n'est mon poteau. Le bon côté avec les aminches c'est qu'ils comprennent sans besoin d'explications.
A ciao gars.