les deux bouchons -2 - le peigne

Publié le par Fab le lyonnais

     - Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité.

     Antoine de Saint -Exupéry

     

     Les deux bouchons – le peigne

   

         Ce jour là, sept plombes sonnaient à la dégoulinante de la bastoche, c'est-à-dire à la tour du petit-Collège. Les Baraquette comme à l’habitude, étaient en train de s’attraper n’étant de rien d’accord sur tout.

La Génie voulait aller faire son marché et il ne restait plus à la maison que quatre francs et douze sous en tout et pour tout. Le Toine devait aller rendre son ouvrage demain sans faute, à la fabrique, mais ils seraient justes, nécessairement, jusqu’à tant qu’il ait eu rendu sa pièce de taffetas moiré. Alors elle rafoulait et lui couyonnait comme de juste.

 

     - A midi, qu’il disait, on finira la farine et le fromage fort, et vas-z-y donc monter prendre, en Beauregard, chez la mère Chavasse, une salade de groins d’âne et un gendarme. Ça fait bien d’abonde. Et puis pour boissonner, pour une fois, amène le pot à la fontaine des Trois-Cornets, la meilleure dans tout Lyon, celle qui pisse, à présent, en rue Saint-Georges, à la borne vis-à-vis de l’école. Fais-z-y quand même bien attention qu’il y ait pas des chanes*. Pour ce qui est du soir je m’en va y gamberger…On avisera…

Autant rire de sa misère que d’en pleurer, pas vrai ?

    

     Mais la Génie s’était levé pour sûr du mauvais pied, et ça l’énervait d’entendre son homme badiner à un moment qu’ils se trouvaient à quia*. Comme il ne décessait pas, elle s’enmalice d’un mot à l’autre et se montre pire que le lait sur le feu quand est-ce qu’il va déborder.

 

     - Esgourde bien le Toine, j’en ai assez à la fin des fins. Ce n’est pas la peine d’avoir travaillé pendant douze ans comme des massacres pour ne pas s’être seulement mis quelque chose de côté… Ah oui ! si que j’avais su, je serais pas allé dire « oui » au maire du Cintième ! J’aurais eu tôt fait de tomber sourde et muette ce samedi là… Quatre francs et douze sous, si c’est pas des misères par Sainte Marie des Terreaux ! Avec çà que te m’as promis pour ma fête de m’acheter le peigne en cénunoïde et que justement c’est demain tantôt ma fête et que ça tombe joliment mal ! Mêmement que le peigne, y va me passer sous le picou.

     Sur sa lancée elle rajouta sans reprendre souffle :

     mode- Tout ça ce n’est encore qu’un malheur, car je n’ai quasiment plus rien à me mettre sur le corps, qu’un caraco avec des piats* de partout et une jupe toute effrangée dans l’en-bas, que j’ai déjà affranchie deux fois. Il me faut pour le moins un floquet* en fleurs artificielles pour rafraîchir ma capote, la noire, un bouquet de fuchsias ; parce que tu ne voudrais tout de même pas que dans le quartier, les voisins piapiatent que je semble une pauvre avec mes pendrilles*.

     Et puis patati et patata !...

 

     Baraquette s’en tenait la tête à deux mains :

     - T’as raison, ma Génie, t’as raison ! Mais gongonne pas ! Je rends demain, que je te dis ; t’auras ton peigne !

     Il faisait tout ce qu’il pouvait pour la radoucir, mais c’était plus facile de la faire parler que de la faire taire ? Y avait plus moyen de l’arrêter. Alors le Toine que tous ces sicottis lui faisaient comme une flopée de guêpes bourdonnant sous son coqueluchon, éleva la voix…    

 

chanes : impuretés qu’on trouve en fin de tonneau et que le brave monde appelle la lie. C’est donc pour plaisanter et chiner sa fenotte comme de bien s’accorde que le Toine y parle de chanes

 

   à quia : c’est être dans l’impossibilité de répondre ou comme on dit bouche bée à gober les mouches ; et par extension en yonnais ça veut dire ne plus avoir de répondant, de ressources. (c’te pôvre Jules qu’est tombé bien bas, y touche plus le chomdu, il est R-et Miste, il est à quia.)

  

   piats : les piats sont les petits de la pie qui sont tout écramaillés et aveugles à la naissance (je dis pas ça pour ma Pie que ses petiots sont pas des piats) et donc le caraco était plutôt fusé et presque troué que ça fait regret de se le mettre sur les endosses.

 

   floquet : c’est un ruban décoratif comme ceux qu’on voit sur les chapeaux des gisquettes, soit avec des fleurs ou des fruits comme les cerises.

 

   pendrilles : guenilles (les gones des jours d’aujourd’hui, y sont gaunés comme des sampilles avec des falzars délavés et mêmement avec des trous qu’on dirait qu’ils ont enfilés des pendrilles.)

   

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zouzounette40 24/01/2010 14:38



Bonjour Fab....je viens rattraper mon petit retard.. Je pense bien à toi ...Pas facile de vivre ce que tu vis actuellement...aussi je te donne plein de courage...Je sais que tu fais le
maximum....




et une pensee aujourd hui ..pour un anniversaire
bien triste....



mais je suis consciente que ...dans la vie il y a bien pire qu'une tempête
qui a dévasté un paysage....mais peu de morts Dieu merci...
Je pense à tous ces gens qui souffrent à Haiti....et ailleurs...
bisous Fab



Nouchkaya 22/01/2010 17:22


Je lis tes textes comme des gourmandises : la langue ets tellement illustrée...parfois des mots me manquent mais pas assez pour m'empêcher de comprendre l'histoire!
Gros bisous le fab et à bientôt!


Sandisa 22/01/2010 13:11


Même acvec tes ennuis tu parviens à nous faire sourire ami ... ce n'en est que plus précieux !


cheyenne 21/01/2010 21:14


Désolée que tu aies des ennuis avec ta Maman... dur de voir nos anciens décliner sans rien pouvoir faire...te biles pas pour ta présence sur le blog, ce n'est
une priorité, on penses bien à toi quand même..
Même si je n'ai pas vu le reportage sur les Canuts que j'aurais bien aimé voir, si ce traitre de Vosgien m'en avait touché  deux mots .. donc, hier soir, Canuts à l'actualité à la téloche et
moi qui braillait, seulette sur ton blog,leur vieux chant de révolte...- et sais tu ( ben, non, je ne pense pas pisque je te l'ai pas dit) que je passe par Lyon  le 11:2 ou le 15 - je serais
en train, et faut que jechange  à Lyon pour Grenoble, puis la Tour du Pin - vais passer quelques jours chez une de mes fav, Lila, qui est venue deux  fois chez nous - et nous rejoint
Brindille, une autre et on a un projet d'une semaine de rigolade, lichetronnades en tout genres entre filles - -et aussi on ira faire des emplettes d'ingrédients au marché Asiatique, LIla
cuisinant super bien les trucs Thaï - Donc on sera voisins un moment -je n'y vais pas en moto, cause mal de dos après  salto arrière en tiags sur le verglas - pis, fait frisquet - comme disent
les Antillas  'i ka fait' frète !"
Prends soin de toi not'Conteur, et si tu as le temps, mets la suite, sinon, on attendra!  bises du soir ( sans rubans en sautoir)


Frambel 21/01/2010 18:38



Scuses les fautes, j'ai pas vérifié: Bises