le poète et l'arlequin - suite

Publié le par Fab le lyonnais

Il y a des gens qui vous font bonne mine par devant et qui vous flanquent des coups de pied dans le ventre par derrière.

A.B. Bérurier (San Antonio : Vas-y Béru)

 

Le poète et l’arlequin - suite

 

     Après les présentations entre Jean et moi, et pour ne pas allonger la sauce, je vous épargne les grands classiques des rencontres de quai de gare du style :

    

     « As-tu fais bon voyage ? »

     «  Je te dis pas ! »

     «  Si dis-y moi ! »

     «  Epouvantable ! La clim est tombé en panne ; et moi, avec la cerise que je me trimbale, je suis tombé sur un clille qui a du prendre son dernier bain à la noël et qui en plus avait retiré ses pompes laissant apparaître des chaussettes ou plutôt devrais-je dire des mitaines plantaires, vusse qu’elles avaient plus de trous que de tissu. C’était des fumantes écossaises, mais presque uniformes tellement la crasse délavait les couleurs. Et si tu n’arnouchais que ses arpions, tu pouvais croire que le gusse était du genre sénégalais, ou alors c’est qu’il se trempe les ripatons dans du jus de charbon. En plus rasé par inadvertance avec une chute de miroir tellement il avait de cicatrices sur la tronche colmatées avec des bouts de sparadraps en croix, collés façon patchwork.

 beru    Il gardait son  bitos sur le coqueluchon, une chose qu’a surement connu la dernière guerre et qui lui servait d’étagère à mégots vusse qu’on peut plus fumer dans les wagons et qu’il respecte le règlement. Ses ongles en deuils te laissaient à penser qu’il a enterré la moitié de la chine et sa chemise aux boutons éclafoirés offrait à mes yeux ébaubis une brioche Kronenbourg poilue que quand il se grattait le nombril, il en sortait les restes de son casse-dalle à la rillette qu’il venait d’empiffrer après avoir liché cul sec (parlant par respect) un kil de beaujolpif et il portait à ses lèvres lippues ces reliefs qu’il savourait d’un doigt gourmand. 

     Moi tu me connais ! Bon zigue ! Je me présente, ‘’Jeansanterre de Jurassik parc’’ et c’est alors qu’il me répond en postillonnant des miettes de pain au fromage fort…»

     « Enchanté mec, moi mon blase c’est Bérurier, Alexandre Benoit pour les intimes. »

 

     Les voyages en train, permettent de bien curieuses rencontres ! 

 

     On quitte la Part-Dieu et je grimpe dans mon Ariane4 de 1959, ben oui, c’n’était pas une Versailles, sans doute mon gout du luxe a–t-il fourché ma plume, je me l’étais joué roi soleil ; mais le lecteur veille et connaît mes turpitudes…

 

     J’en profite pour une petite visite guidée : mur peint du cinéma de la place Gabriel Péri, bassin nautique du Rhône, Université Claude Bernard où j’ai passé une misérable capacité en droit (mon diplôme de technicien en mécanique de précision ‘’horloger en langage clair’’ ne me permettait pas l’accès au statut d’étudiant mais autodidacte, je m’en suis bien sorti), passage sur le quai Saône avec La Quarantaine à côté de l’entrée du tunnel de Fourvière…

 

     Je le laisse se rafraîchir et ranger le contenu de ses quatre valoches dans sa piaule… Une qui contient ses affaires personnelles, une pour les diverses petites choses qu’il m’a amenées pour divertir mes papilles et celles de la pie, car Jean est un mecton de la redresse qui a la classe d’Aldo et donc il a aussi pensé à la chic pie, quand aux deux autres, elles contenaient quelques faux talbins et divers objets de recel que nous avons prévu de fourguer chez un pote à moi, Dédé les belles mirettes, mais ceci est une autre histoire qui ne nous regarde pas…

 

     Maintenant, je conseille aux soiffards et aux buvanvins de ne plus poursuivre la lecture de cet article pour qu’ils ne risquent pas une crise d’apoplexie, car je vais évoquer le plus brièvement possible quelques douceurs gustatives que je ne peux m’empêcher de faire partager aux mamis qui m’honorent de leur présence. Et je me fais violence à chaque fois pour me limiter dans mes choix.

     Comme de bien s’accorde, tous mes produits et ingrédients viennent des traiteurs connus de quelques initiés pour que ça ne devienne pas de la malbouffe industrielle. Toutefois je précise que les bons traiteurs sont nombreux et font plus que de l’honnête charcutaille et je m’approvisionne autant que faire ce doit vers le plus grand nombre d’entre eux. Mais quand j’ai le plaisir d’initier et de faire partager mes lyonnaiseries, alors je suis le prem’s’ à me régaler en me fournissant chez les meilleurs.

 

     J’ai donc fait déguster à mon invité, les grattons, le saucisson à cuire, les quenelles, la rosette et la salade de museau de chez Reynon de la rue des Archers. reynon

En plus, avec le saucisson à cuire, j’ai rajouté les rates de chez Ginie la Pie, car parmi ses nombreux talents, elle jardine. Avec les quenelles, j’ai concocté mon gratin à la Bocuse, recette que même madame Reynon ne connaissait pas et comme à l’habitude, je l’ai affranchie en faisant mon numéro dans son commerce pour le plus grand plaisir des employés et des brâves gones venus s’offrir des douceurs dans son estanco.

     J’ai aussi cuisiné ma fricassée poêlée de ‘’ sot l’y laisse ‘’ ma salade de rougette avec lardons chauds que tu rajoutes des croutons et un œuf poché et là je te dis pas : t’es aux anges comme un véritable petit jésus en maillot de bain.

     J’arrête de dégoiser à cause que j’ai tout de même un peu la trouille d’être  poursuivis pour harcèlement moral. Le monde il est plein de pisse-vinaigre qui jalousent et qui ne prennent pas le temps de bien vivre à la rabelaisienne, alors il faut être prudent.

 

     Si on a sacrifié à Bacchus avec force chiquaisons et force lichaisons, c’est qu’on avait des choses à se dire et que ça ne concerne que notre intimité de poteau et donc que je ne peux trahir nos propos comme on ne trahit pas le secret de la confession.

     Sauf si c’est croustillant comme quand la Babette, une gourgandine de la Guille, elle va voir le jeune clergeon de l’église notre Dame Saint louis de la Guillotière pour se confesser et qu’elle lui jabille comment que le Claudius, le fils du père Grateloup, il lui a fait voir la feuille à l’envers dans le parc de Parilly.

C’te pauvre curaton il en sort du confessionnal tout rouge sans se douter que tous les mamis de la bande à Babette, les gones et les poutrônes rifougnent en le voyant partir les bras au ciel.

 

     C’est vers les trois plombes du mat’ qu’on se décide à rejoindre nos pénates et qu’on s’en va mettre la viande dans les torchons. C’est que la journée de bambane se précise et qu’il faut que l’on soye d’attaque. Pas vrai ! les aminches…

 

A suivre…      

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zouzounette40 29/11/2010 21:56



magnifique cette rencontre.....aller je poursuis ....



JEANSANTERRE 01/09/2010 19:39



a JEFF : te biles pas !  le FABOUNET est plus fourni en réserve de victuailles qu'il ne reste de réserves de pétrole dans le monde , c'est dire !  Le Fab, je le soupçonne d'aller
détourner les halles des grossistes qui alimentent Lyon, pour son seul profit !


à FAB : ATTENTION Fab, je t'aurai prévenu ! Si tu continue à révèler tes dons de cuisinier et le passage en revue de tes reserves de bouffe et de pinard , tu vas être sollicité et Lyon va en être
tout chaviré !



JEFF 31/08/2010 10:04



P'tain, tu pètes la forme mec.


C'est dans ce genre d'exercice que je te préfère pépére, tu donnes la charge lourde tel Attila qui ne voyait pas repousser les champs de vierges après son passage.


Donne pas tout à bouffer à Jeannot, garde moi des restes ...