Le poète et l'arlequin

Publié le par Fab le lyonnais

On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter.

Jean de La Fontaine (Fables : l’horoscope)

 

Le poète et l’arlequin -

 

     En ce matin du lundi 23 août, la matinée commença dans le respect des prévisions de nos météorologues, juste histoire qu’ils ne se fassent pas remonter les bretelles par leurs dabes et la populace qu’avait acheté des pébroques et souhaitait les amortir. Autrement dit, il faisait grisounet, maussade et humide avec de gros nuages sombres en altitude.

 

     Mais c’était sans compter sur ma pomme, moi le Fab’ lyonnais que sans vergogne je m’adresse alors à Eole et Jupiter.

 

     « Je n’suis pas comme l’ami Georges qui dit que le beau temps le dégoute, le fait grincer les dents et que le bel azur le met en rage, tout ça parce qu’une fenotte un beau soir d’orage dans le mille de son cœur a laissé le dessin d’une petite fleur qui lui ressemble.

Que nenni, moi j’ai rencart avec un poteau, même que ce serait sympa que t’ailles te faire entendre ailleurs avec ta foudre et que tu emmènes ton pote Eole en le priant qu’il ne nous laisse qu’un léger aquilon ou un zéphyr, pour qu’on ne sue pas trop le burnous en lentibardanant. »

 

zeus-thetis     « Misérable mortel, ton impudence me plaît, que me répond le grand barbu et puis tu me fais marrer avec tes gandoiseries, alors je vais faire un geste. Mais tâche moyen de ne pas jeter le bouchon trop loin en faisant croire que j’suis un peu molasse des genoux, déjà que j’ai du mal avec Junon ma bourgeoise pour rester le chef de famille, vas pas y donner des mauvaises pensées. Même qu’elle a décidé de ne plus garder sa toge, mais de porter la culotte. Je flaire l’arnaque ! »

 

     « T’inquiètes, oh grand Dieu ! Je vais y jeter mon œillade assassine, comme le Chat Potté de Shrek et elle va vite te lâcher la grappe ! »

 

     « Ouais, mais bon, n’en rajoute pas trop, qu’elle ne devienne pas ta groupie ! »

 

     Sur ce on se quitte copain comme cochon. Je vérifie que mon frigo soye plein, les gamelles prêtes et que sur un coup d’insomnie, j’n’ai pas inopinément entamé les délicieusetés de chez Reynon. Je borgnote aussi que les boutanches soyent à bonne température, et je trace jusqu’au garage. simca-vedette-24938Je grimpe dans ma caisse, une Simca Versailles de 1925 modèle économique car elle ne fait que douze litres au cent (vu que je suis un bon zigue, je vais vous donner l’explication de SIMCA qui est le sigle de la société : Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile) et je trisse vers la gare de la Part-Dieu.

 

     Sur le grand panneau central, tous les trains sont affichés comme étant à l’heure.

C’est y pas dieu posse que d’y croire que je me pense en moi-même ! Pendant les vingt dernières années ousse que pour aller au turbin ‘’j’empruntais’’ le train (que je rendais régulièrement matin et soir). Il y avait toujours des ‘’ imprévus, impondérables, incidents, surprises, aléas, …’’ qui pimentaient mes trajets.

     C’est alors que les trois notes: ding, ding, dong, prélude à la voix sirupeuse de la jojolle de service retentissent. Mes reflexes dignes d’un commando dont la mission est de protéger une assiette de grattons et de rondelles de rosette de la voracité d’une cinquantaine de caquenanos venus assister à la remise de médaille de l’ordre du tablier de sapeur à un récipiendaire major de sa promotion au lycée hôtelier et premier au concours de circonstances des mangeurs de tripes à la quenelle de brochet, j’enfonçais ma tête dans mes épaules, me mis en apnée, les yeux rivés vers le haut parleur multidirectionnel d’où le message, mélodieux, chantant, parfumé, ironique, sortit :

     « Brâves gones et chenuses colombes, contrairement à ce qui a été annoncé, y s’agit de pas croire que nos cheminots soyent des artoupans peu soucieux du confort et du divertissement de l’usager, le train huit mille cinq cent dix sept, en provenance d’Ambérieux et à destination de Valence, dont l’heure d’arrivée prévue depuis un certain temps, vient depuis quelques broquilles d’être dépassé provoquant comme un léger agacement de l’assistance publique massée au pied des escadrins d’où doivent descendre les voyageurs ayant composté leur billet jusqu’à notre bonne ville de Lyon pour un séjour que nous leur souhaitons d’être agriâble, ou pour ceux qui vont jusqu’à Valence et qui sont descendu, y se sont gourés en débaroulant et y sont priés de remonter dans leurs compartiments, le train disais-je, est annoncé avec un retard de trente minutes environ. Moi-même et la es-haine-cé-effe vous remercient de votre compréhension. »

 

     Je pousse un grand soupir de soulagement, enfin quelque chose de normal !

D’accord, c’est le train où avait pris place, mon pote, mais j’aime que les choses suivent leur cours habituel, c’est rassurant non ?

 

     Dès ce moment des centaines de portables se mettent en action dans une cacophonie de sonneries et d’appels envoyés ou reçus où chacun y va de sa remarque personnelle sur le haut degré de considération qu’il porte au service public et rassure celui qui ronge son frein dans le compartiment surchauffé ou celui qui attend à cacabeson sur ses bagages.

 

     Mais trente minutes ou une demi-heure (je cause les deux langues) c’est vite passé et après deux changements de quai qui font se déplacer les passagers dans une chorégraphie alerte faisant penser à l’opérette, ‘’l’auberge du cheval blanc’’, le train s’abouse au bord du quai. J’écarquille mes quinquets, et je le vois, sa valoche en pogne ; nos regards se croisent.

 

     « C’est Jeansanterre, me dis-je avec perspicacité ! »

     « C’est fabuliste se dit-il, avec ce sens de l’à-propos d’un homme habitué à l’aventure ! »

 

     Le temps s’est arrêté, plus aucun bruit ne résonne à nos oreilles, il s’approche, je m’approche…

 

     « Bonjour ! Me dit-il »

     « Bonjour ! Répondis-je »

 

A suivre….

 

J’attire l’attention du lecteur sur la sobriété et la haute tenue de ce dialogue entre deux personnages qui s’areluquent pour la première fois.    

 

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zouzounette40 29/11/2010 21:48



coucou Fab je prends enfin le temps de lire et je me régale je file vite à la page suivante....



Zill Zélub 24/09/2010 09:35



Réjouissant, tout ça !!!!



JEFF 30/08/2010 07:48



Mais moi mon pote je faisais les deux à la fois : je causais bagnole tout en draguant la gerce intéressée par les performances ... de la bagnole et du mec.


Des bagnoles comme ça j'en ai flingué quelques dizaines, elles étaient super pour les cascades. Et pis c'était l'époque où j'étais mécano chez ...SIMCA justement !


T'as vu que Jean avait l'oeil lui aussi... mais lui je le soupçonne de s'être servi de l'Ariane car elle avait une banquette spacieuse pour les flirts poussés, et après lui avoir déclamé un
ou deux poèmes je suis bien sûr qu'il basculait la gisquette pour des démonstrations pratiques. J'l'ai toujours dit : faut se méfier des poètes, ils vous tournent un joli madrigal et trente
secondes après ta fiancée à la culotte sur ses pompes.  



Fab' 29/08/2010 19:40



Vous prenez pas le gadin les garçons. La bagnole c'est une ariane4 de 1959, mais ariane, ça me faisait penser aux suppositoires de Kourou et je m'est gouré pour l'année , je voulais écrire
1952 l'année des débuts de Brassens présenté par Patachou à la Butte Montmartre.


Ceci étant j'y connaîs que dalle en bagnole et pendant que mes potes y causaient caisses, moi je comptais fleurette aux chenuses colombes; chacun ses hobbies.


A plus pour la suite, je tacherai moyen de pas vous retourner les sangs avec mes à-peu-près technologiques.



JEANSANTERRE 29/08/2010 14:11



Heu JEFF, sur cette ARIANE, je vois pas de propulseurs latéraux , par contre je devine un espace commak , grand comme le Trianon, pour le moinsss !!!  ça peut pas être Versailles vu qui
manque la galerie (des glaces)..... Pis t'as raison , le millésime fleure les années cinquantes , comme quoi , les bagnoles comme les fenottes , ça vous imprègne !