La galante invention de la papillote - 4 - L'Antiquaille

Publié le par Fab le lyonnais

     Certains artistes font penser au paon faisant la roue !

     Quoique j’ai vu des oiseaux faisant preuve de moins de vanité !

     Justin Calixte ; la plaisante sagesse lyonnaise

 

La galante invention des papillotes – épilogue

 

      Papillot déroula le papier glacé et trouva la crotte de chocolat entouré d’un papier très léger ;

     - Ah ! Le chenapan, il a ben su prendre des meilleurs, dit-il en fourrant dans sa bouche la crotte de chocolat au kirsch.

     Puis regardant la petite missive, il lut :

 

Quand nous seront plus grands,

Jacqueline chérie,

Il faudra bien que nos parents

Tous les deux nous marient.

 

     Le pâtissier posa son balai contre la porte d’allée sans seulement se rappeler qu’il avait envoyé le Pétrus l’attendre à la cuisine. Il rentra directement au magasin ; il paraissait tout soucieux ; il s’assit un moment, regardant toujours les deux papiers qu’il avait dans la main, les tournant, les retournant. Il lut et relut plusieurs fois les vers destinés à la fenotte. Il se leva, mis une crotte de chocolat dans le billet et referma le tout dans le papier glacé en resserrant les deux bouts comme il l’avait trouvé. Puis il quitta son magasin et se rendit toujours en gambergeant, chez son voisin d’en rue Mercière, l’imprimeur Guyon.

 

     Trois mois après, que c’était justement la semaine d’avant le jour de l’An, les bourgeois, les bourgeoises qui lentibardanaient en grande rue Mercière s’arrêtaient émerveillés devant la boutique du pâtissier Papillot. Il y avait là dans les corbeilles, tout un cuchon de bonbons comme ils n’en avaient jamais vus, même les mamis qui disent avoir tout vu et le reste. En tout à l’en haut de la vitrine on arnouchait une grande pancarte où il y avait d’écrit dessus :

 

Ohé, les gones ! Ohé, les canantes colombes !

Arregardez-les et puis achetez-en surtout, de ses chenuses papillotes que le mami Papillot a inventé rien que pour vous faire plaisir et vous porter bonheur.

Qui que n’a pas son paquet de papillotes ; celui-là c’est un caquenano !

Qui qui n’en veut des papillotes !...

 

     Et pour pas être caquenanos ou niguedandouilles, tout un chacun en achetait de ces papillotes où qu’on trouvait en beau dedans du papier glacé à franges, une crotte de chocolat enveloppée dans un billet sur lequel on pouvait lire un de nos bons proverbes lyonnais, de ces proverbes qui vous apprennent ce que c’est que de faire et comment et quand il faut le faire.

Il n’y a que le rire qui donne des raisons de penser qu’on se trouve entre honnêtes gens.

Quand on a pas d’argent pour aller à la montagne, il est sage de se contenter d’œufs à la neige.

J’ai connu des gens si bêtes, que quand ils ont rendus l’âme, ils n’ont pas rendu l’esprit.

     Ah ! pour sûr qu’il en vendit de ces papillotes le Papillot ! Il en vendit si tant tellement que pas plus tard que deux ans après, il vendait son fonds un prix que c’est pas de croire et se retirait tranquillement à Brindas, sur les bord de l’Yzeron pour y pêcher les ablettes et y vivre de ses rentes dans une maison de campagne, tout comme si il avait été avant un gros marchand de soieries.

 

     Mais que vous allez me dire, et la Jacqueline si canante et le Pétrus si artet qu’il les avait inventées, lui-même, pour de vrai, les papillotes. Que donc sont-ils devenus tous les deux après leurs arias ?

 

     Oh bonne gens, voyez-vous, dans la vie c’est jamais de ce qui doit arriver qui arrive. Le Pétrus Thomachot il avait été renvoyé chez son rondier de pipa par le pâtissier sitôt son retour de chez l’imprimeur Guyon et il est entré comme garçon de peine chez les Vilain et Malfait et Cie, les fabricants de soieries. Mêmement qu’ils firent faillite et que le pauvre Pétrus après quarante ans de travail d’affilée chez eux ousse qu’il avait placé ses économies, se trouva pauvre comme Job et dut entrer au dépôt de mendicité de l’Hospice de l’Antiquaille.
antiquaille copie

     Pour tant que la Jacqueline, la canante fenotte, elle continua la pauvre beline, à aller chez les Sœurs Saint-Charles d’en rue du Plâtre, ne quittant pas son livre de messe où elle conservait les belles poésies de son Pétrus, puis plus tard, elle entra au noviciat de la Charité, pour aller puis après, en fin finale justement, à cet hôpital de l’Antiquaille, où tout de même ce que c’est que de nous, elle devait retrouver son pauvre Pétrus, l’inventeur des papillotes.

 

     Mais c’est là une autre histoire que je vous raconterais une autre fois que j’aurais rien de mieux à faire.

 

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Ziquet 17/01/2010 20:47


Enfin la véritable histoire de la papillote qui invalide la bien triste définition qu'on peut trouver dans les dictionnaires  "officiels"  Milles Mercis


Frambel 12/01/2010 17:19


C'est pô juste tout çà ! !
Moi j'aime bien les histoires " ils se marièrent et eussent beaucoup d'enfants ( rire )
Comme quoi la richesse n'est toujours pas gagnée honnêtement !
Grosse bises


ginie 03/01/2010 18:28


Elle était trop chou........à la crème cette histoire !! j'ai adoré finalement c'est quasi toujours une hisitoire d'amour qui commence faudrait espérer qu'elle se finisse bien tout de même c'était
quand même son idée à ce pauvre pétrus . Je file lire la suite j'ai beaucoup de retard...........


zouzounette40 02/01/2010 20:50



bien dommage ...cet avenir....une bien belle histoire quand même...gros bisous Fab..........t'en restes pas des papillotes ???