La galante invention de la papillote - 2 - Jacqueline

Publié le par Fab le lyonnais

     Au travail on fait ce qu’on peut. Au lit on fait ce qu’on doit. Mais à table, on se force.

Catherin Bugnard ; la plaisante sagesse lyonnaise

 

La galante invention des papillotes – 2ème épisode

 

     C’est là qu’il rencontra une jolie petite fenotte. Comme elle avait un tablier noir et portait sous son bras un cahier et un livre, pour sûr qu’elle allait à l’école, la beline, et mêmement chez les Sœurs Saint-Charles en rue du Plâtre. Faut dire qu’à ce temps là, des écoles, il n’y en avait pas rien tant qu’aujourd’hui. Dans tout Lyon, on en comptait treize pour les galapiats et douze pour les fenottes et c’était tous des Frères d’instruction chrétienne ou des Sœurs qui faisaient la classe. Faut vous y dire, que sous le règne de ce sampille de Louis-Philippe, les décrets de Mecieu Jules Ferry n’avaient pas force de loi comme on dit.

 

     Le Petrus Thomachot areluqua la petite fenotte comme jamais de sa vie il n’avait arnouché nul quiconque. Ah ! C’est qu’elle était joliment canante, la beline, avec son visage bien rond et bien rose, son petit nez relevé en trompette comme ça se porte chez nous et qui semble renifler tout benaise, les bonnes odeurs que venaient de l’ateyer de cuisine de maître Papillot, ses quinquets bleus comme un ciel de printemps et grands ouverts qui regardaient bien franc devant eux et ses cheveux blonds comme de la pâte à biscuits et frisés comme de la belle chicorée. Ah ! Oui, qu’elle était bien canante la petite beline.

 

     Mais elle avait déjà traversé l’allée et là-bas, tout au bout elle tournait déjà en rue Mercière que le Pétrus la gobait encore et croyait la voir toujours. Mais pas moins, fallait bien qu’il aille porter ses quenelles, l’apprenti pâtissier. Il s’en alla donc sur le quai, monta deux étages, remis sa casserole avec ça qu’il y avait du dedans à la bourgeoise du monsieur fabricant qui vint lui ouvrir elle-même rapport que sa bonne venait de descendre ses balayures sur le bas port à cause qu’en ce temps là il n’y avait encore pas de seaux d’équevilles. Faut croire que la madame trouva le pâtissier bien gentil, car elle lui donna un sou d’étrenne, vrai de vrai. Bien sûr qu’elle a jamais du en parler à son mari, de cette folle dépense.

     Le Pétrus dit merci, redescendit les deux étages, suivit le quai jusqu’à l’allée de traboule de la maison du Guillaume Rouville et rentra dans la cuisine de son patron pour reprendre sa besogne. Mais toute la matinée, tout le tantôt et mêmement jusqu’au moment d’aller au pucier, notre pauvre gone était quasiment tout potringue. Il n’avait d’idée à rien de rien et ne pensait plus qu’à la petite fenotte de l’allée de traboule.

     Une fois dans son bardanier, ce fut bien pire encore. Toute la nuit il en rêva, le pauvre ! Il la voyait franc devant lui, avec sa belle frimousse, son petit nez fripon que semblait rire au sien, ses beaux yeux bleus et ses boucles blondes.

     Il était tout mezaise au grand matin lorsqu’il lui fallut reprendre la besogne. Mais dès les huit heures moins le quart, il était planté au beau mitan de l’allée et peu d’instants après, il la voyait, venant du quai, qui traversait l’allée pour remonter la rue Mercière. Lorsqu’elle passa devant lui :

 

     - Bonjour Mamzelle ! qu’il lui dit comme ça.

 

     - Bonjour M’sieur ! qu’elle lui répondit bien gentiment.

 affich

     Et ce bonjour m’sieur y remit son cœur en place au pauvre mami. Le jour durant, il tacha moyen de savoir qui donc c’était cette jolie fenotte qui, à première vue, l’avait tant chaviré et il apprit que c’était la Jacqueline, la fille de la mère Richardier qu’était concierge de la maison du quai qui rejoint celle de Guillaume Rouville. La journée se passa mieux pour lui que celle d’avant et de même la nuit. Le lendemain matin, le Pétrus quand il vint à la cuisine, bien que soit un gone bien honnête, chipa dans le bocal une grosse crotte en chocolat puis il écrivit sur un papier quatre vers qu’il avait mijoté deux heures durant :

 

Mamzelle Jacqueline

Vous avez belle mine

Je vous donne mon cœur

Pour vous porter bonheur

 

     Ah ! oui qu’il les avait mijotés ses vers. C’est que voyez-vous, les vers, la poésie comme on l’appelle, c’est pas rien tant facile à faire que la pâtisserie. Faut que ce soye long tout la même chose et que ça finisse pareil deux par deux. Le Pétrus avait apprit ça à l’école. Quand il eut bien écrit ses quatre vers, il les aborgna un bon moment, tout content de lui, puis il roula sa crotte de chocolat dans le papier. Lorsque vers les huit heures, la Jacqueline traversa son allée, elle trouva le Pétrus qui l’attendit et lui redit :

 

     - Bien le bonjour Mamzelle ! puis il ajouta en lui tendant son petit paquet :

     - Tenez, voilà un chocolat que j’ai fait pour vous.

 

     Ça c’était pas vrai ! c’était le Papillot qu’avait fait le chocolat, le Pétrus était pas encore de force à en faire. Mais pas moins dans la vie on est ben, des fois qu’il y a, obligé de profiter de ça que les autres ont fait. La Jacqueline répondit gentiment :

     - Merci bien M’sieur, j’aime beaucoup les chocolats !

 

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Frambel 12/01/2010 17:02


ah ah ah la quenotte elle aime le chocolat, un bon pas de fait ! ! ! Vite je lis la suite:


ysengrin45 05/01/2010 12:26


Ha ce style, cette langue, on en a plein les gencives mentales, et on s'en gouleye sans retenue. Merci fab, de ces petits trésors.


zouzounette40 02/01/2010 20:37



ah il est malin le bougre...il sait l'appater..la fenotte..........vite la suite........
....je grimpe plus haut



sandisa 27/12/2009 19:19


Et il n'y a pas qu'elle qui aime les chocolats !!! j'arrive juste et j'ai lu avec plaisir ta nouvelle histoire ...je reviendrai dès que mes invités de demain seront repartis ... amitiés Fab qui
m'enchante de ses trouvailles .


lisette334 26/12/2009 20:13



l'amour nous chocolate toujours,,, ce plaisir malin qui nous prend dés le matin,,,je viendras lire la suite mon gars,,,mdr,, bisette fab,,,