l'ermite du mont-cindre - 5 - l'ouverture

Publié le par Fab le lyonnais

Tout bonheur commence par un déjeuner tranquille

Somerset Maugham (et non ; ce n’est pas Stéphan Eicher !)

 

L’ermite du Mont-Cindre – 5 – l'ouverture

 

     Mesieur le Curé qu’est pas un artoupan*, n’insiste pas et laisse l’ermite seul à installer son baluchon. Notre bon Curé n’est pas non plus comme ces jeunes colombes farcies de feuilletons et romans à l’eau de roses, sinon il aurait maginé que son ermite aurait quitté le monde pour une histoire d’embièrnes* de sentiments. Mais il est pas aussi nigaudinos et pis rien qu’à reluquer son homme, l’idée d’un roman de cœur lui aurait paru trop gnoche*.

     Vela donc que notre marque-mal, y fait son lit, allume le phare* vu qui fesait friscounet et prépare ses affutiaux pour le lendemain comme c’était promis et convenu, puis un peu fatigué quand même et sans passer de bassinoire, il se glisse dans les torchons.

 

     Pendant les premiers jours, il n’y eut pas de visiteurs. L’hiver, le monde sont moins couratiers et surtout le grapillon était pas sûr à la descente vers Saint-Cyr. T’as vite fait de ramasser un patacu* et de t’esbigner le coquesisse ! C’est pour ça que la bourgeoise, quand tu as à sortir par verglas, pour acheter ton tabac ou aller taper le carton dans un bouchon, elle te fait mettre les patins*.

     De toute façon, le monde à Lyon ne savait pas que l’ermitage s’était rouvert.

Mais un matin, dans une platte de Saône, à un tournant de la rivière qu’on voit quasi tout le Mont d’Or,  une fenotte qu’avait des quinquets comme des percerettes, vit remuer quéque chose sur l’en-haut de la tour. Elle le montre aux autres catolles et comme de bien s’accorde, le soir même tout Lyon savait que le nouvel ermite était arrivé.

 

     Dans ce temps mes belins, les nouvelles se répandaient, dans Lyon, par les jorneaux  mais principalement par les femmes de plattes. C’est ce que nos anciens appelaient la Renommée aux cents batillons*.

 

     Dès le lendemain, les bambaneurs commencèrent d’arriver, par manière de se rendre compte si le nouveau ressemblait à l’ancien. Ils chapotaient* la porte et le judas s’ouvrait, puis la porte… Et quand les mamis voyaient ce gros pétras* d’homme déguisé en ermite, les mieux éduqués se retenaient de rire, mais les autres, lui rifougnaient au nez. Enfin on lui demandait :

     - C’est vous l’ermite ?

     - Ouon !  

     - On peut visiter comme avant ?

     - Ouon !

 

     Et tout un chacun s’en allait par les petits sentiers du jardin. Lui les apinchait de ses yeux blancs qu’il ne portait pas dans sa poche. Et, si d’hasard, quelques fourachaux comptant de n’être pas vu, commençaient à faire des choses qui n’étaient pas de faire, comme de chiper une fleur,  ou d’écrire leurs noms sur une pierre avec un cœur dessiné autour, ou bien de se cacher dans la grotte pour se faire péter la miaille, il était tout de suite dans leur dos, sans qu’on oye vu d’où qu’il tombait. Alors il ne leur disait rien, rien que son espèce de grognement, toujours du fond du gigier*, et il leur montrait la porte avec son laridet*, d’un air qui leur donnait la chair de poule, si bien qu’ils s’abadaient* aussi sec sans le tambour ni la trompette.

     Mais d’autres bons gones de Lyon, …..

 

*   artoupan : mauvais sujet, pénible.

 

    embièrnes : ennuis, difficultés de toutes sortes. 

  

     gnoche : gnioche ou gnoune s’emploie pour une femme nunuche, niaise. Par extension, se dit des peines de coeur comme on en trouvait dans les hebdomadaires « Madrigal » ou « Nous Deux », c’est niaiseux, non !!!

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    phare : Par chez nous, si le poêle où on fait la cuisine s’appelle parfois potager, le poêle qui sert à chauffer la maison, c’est le phare.

 

     patacu : parlant par respect, un patacu c’est tomber lourdement sur ses fesses.

 

     patins : rien à voir avec les patins qu’on trouve à l’entrée du salon et qu’il faut prendre pour pas cochonner le parquet ciré ; ici il s’agit de chaussons de lisière. La lisière, c’est le bord ourlé d’une étoffe dans le sens de la longueur, et les fenottes récupéraient dans les vieilles pattes, ces bords qu’elles cousaient et confectionnaient comme des chaussons. C’étaient en fait des sur-chaussures aux vertus antidérapantes.

 

     Renommée aux cent batillons : Pour sûr que les cancornes quand elles tapaient avec leurs battoirs ou batillons sur le linge, elles tapaient aussi la converse en dégoisant sur tout un chacun ou chacune qu’elles habillaient pour l’hiver, créant des renommées plus fortes que cent bataillons. C’est donc un jeu de mot qui amusait les vieux canuts en transformant batillons en bataillons.

 

     chapotaient : c’est frapper avec un marteau une mailloche et donc s’emploie quand on utilise le heurtoir de fonte d’une porte d’entrée. Cela correspond aussi à  « marteler une porte ».

 

     pétras : rustre, grossier. On dit toujours gros pétras, même si le rustaud est aussi maigre que la retraite des vieux de l’après-guerre.

  

     gigier : gosier, par analogie au gésier de poulet

 

     laridet : index. Les noms des doigts de la main sont très expressifs. Le pouce c’est le gros det ; l’index, le laridet ; le majeur ou médius, la longue-dame ; l’annulaire, le Jean du Siau ; l’auriculaire ; le cortiaud.

     Pour jean du siau, mes recherches m’ont conduit à l’acception provençale (le lyonnais était à l’origine, le franco-provençal) où le dénommé Jean habitait dans une région pastorale et qu’il était vraisemblablement berger, gardien de mouton ; je serai bien benaise si un mami en saurait d’avantage pour la relation avec l’annulaire.

 

     s’abadaient : s’ensauvaient, décanillaient, prenaient la poudre d’escampette, se poussaient de l’air, jouaient des flûtes, des canilles, des guibolles…

   

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Zill Zélub 25/09/2010 18:12



Bonjour, 


Je suis un avatar de Berthe Beauté


Corentin Caillou, Eléonore Espérandieu, Félicie Fidélité, Quentin Quai de la Gare , et autres zamis qui se rencontrent sur le blog d'Ysengrin. C'est ainsi que j'ai découvert Fabulyon, et ce blog
, c'est comme les bonnes choses ; d'y avoir goûté une fois, ça donne envie d'y retourner souvent. J'aime beaucoup ces promenades dans Lyon en votre compagnie. Merci de tous ces cadeaux. A
Bientôt,



cheyenne 26/08/2010 17:35



Comme dit Jean, heureusement  qu'on a  le dico en bas ! quoi que, pour  certaines expressions on trouyve  le sens d'après le sens général de la
phrase - je vois que Jean, en prévision de  votre rencontre  s'est mis  au jeûne ? ben dis, donc, va  pas  falloir y en promettre des amuses  gueule  et
des  quenelles.... !



Frambel 24/08/2010 15:52



Coucou toi: Oups je suis en reconnaissance, (rire) oups beaucoup de retard chez toi ! ! !


Ceci est un copier coller.....Snif snif...beurk...JE N'AIME PAS MAIS C'EST EXCEPTIONNEL.... Je suis revenue enfin sur mon blog après une longue absence(j'ai gardé les animaux de mes enfants
pendant qu'ils étaient en vacances), pas trop le temps aujourd'hui de faire une longue visite( défaire les valises,ranger un peu et mettre à jour mon courrier) mais je reviendrai plus
longuement chez toi pour mieux lire et regarder tous tes articles et les commenter: Te fais une grosse bise et à très vite:Bonne fin de journée:Bisous plein.....



Sucramus 24/08/2010 14:05



J'viens faire un p'tit tour culturel dans la capitale des Gaules...Ca sent bon la France par ici, le parlé pop, la bonne bouffe, le bon pinard, les histoires des
communs mortels laborieux avec leurs coutumes et leurs travers...Enfin comme partout mais tellement différents.


Z'êtes où avec Jeannot, z'ètes en ribotte? si c'est le cas , alors j'vous fais confiance...


Sucramitiés.



Sandisa 18/08/2010 19:41



J'ai plein de textes à lire !!! je passais juste te faire une bise pour te dire  que je suis là ...