l'ermite du mont cindre - 4 - drôle de paroissien

Publié le par Fab le lyonnais

La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe

Jacques Prévert

 

L’ermite du Mont-Cindre – 4 – drôle de paroissien

 

     - Alors comme ça, que dit l’abbé, vous voulez bien vous faire ermite du Mont-Cindre ?

     - Ouon.

     - Vous mettrez la robe et la cordelière ?

     - Ouon.

      Vous n’aurez pas beaucoup de besogne ; vous entretiendrez le jardin ; et vous descendrez, le matin s’y ne fait pas trop mauvais, pour la messe de six heures.

     - Ouon.

     - Vous ouvrirez au monde et vous ferez visiter.

     - Ouon.

     - Vous serez poli, comme de juste ; mais vous aurez l’œil aux galapians* qui feraient du dégât.

     - Ouon.

     - Vous savez qu’on veut un ermite pour de bon, sérieux, dévotieux et de bonne tenue ?

     - Ouon.

     - Et qu’est-ce qui vous donné l’idée de vous faire ermite ?

     Ici, le bonhomme ne répondit pas. Il leva la tête vers le plafond,  roulant deux gros quinquets blancs, en lâchant un si tant gros soupir que mesieur le Curé en fut tout benoni*. Il ne lui fit plus de questions mais l’emmena dans une chambre où la Virginie avait fait le bardanier*.

     - Allons couchez-vous, dormez bien ; demain nous irons au Mont Cindre.

     - Ouon.

     Comme de bien s’accorde, ils montèrent le lendemain matin de collagne* par le grapillon.ermitage1 En route, le Curé racontait tout ce qui était de faire ou de ne pas faire, mais voiloù*, l’ermite ne desserrait pas les dents, ne répondait rien ou répondait « ouon ». Arrivés en haut, le bon Curé, lui remis en mains la loquetière* et les autres clés. Il lui fit voir tout l’ermitage ainsi que son chez lui à part : la cuisine et la souillarde, la chambre et aussi les privés et avant de le quitter comme il était brâve et de la bonne franquette, il lui tapa sur l’épaule en lui disant d’un air guilleret:

     - Allons ! allons ! surtout ne vous mangez pas les sangs ! Vous aurez de la compagnie et vous ne vous ennuyerez pas !

     Là dessus velà l’ermite qui se remet à regarder le plafond à faire ses yeux blancs et pousser son gros soupir sans dire pipette*, comme la veille en lichant sa soupe.

 

 

*

     galapian : vaurien, vagabond, le terme s’utilise aussi pour les jeunes qui ne respectent rien.

 

    benoni : être mal à l’aise un peu gauche ; c’est aussi être benêt. Ne pas confondre avec benaise qui signifie être content (contraction de bien à son aise).

 

     bardanier : De bardane, punaise des lits. Compte tenu de l’hygiène, de la vétusté des appartements, les lits en étaient souvent infestés. Un lit était couramment appelé un bardanier, un peu comme en argot actuel un lit est un pucier (le mot vient ici du confort sommaire des couchettes de prison).

 

     collagne : le mot vient du Dauphinois collagne : étoupe, et du lyonnais cologne : quenouille. Faire de collagne c’était peigner le chanvre et par extension c’est devenu faire une entreprise en commun et être de collagne c’est lorsque deux ou plusieurs personnes font quelque chose ensemble, ils sont de collagne. Il faut toujours qu’il y ait une action commune.

 

     voiloù : rien du tout, néant, bernique. Ce terme ne figure dans aucun de mes dictionnaires, de lyonnais, d’argot ou de San-Antonio. Le mot était souvent utilisé par Papa pour dire que lorsqu’on s’attend à quelque chose et que l’on ne trouve rien, c’est voilou. Quand j’étais minot, à la communale, dans les cours de récréation, je jouais à fermer la main et l’ouvrir en cachant une gobille et je disais voili pour elle est ici dans une main, voilà pour elle est là dans une autre main et voiloù quand j’ouvrais les deux mains et qu’il n’y avait rien. L’expression peut s’appliquer aux joueurs de boneto sur la place publique ou une boule est placée sous un gobelet et que le pigeon doit la trouver. Le manipulateur soulève un gobelet, montre la boule et dit ‘voili’, puis il déplace les gobelets en soulève un autre et dit ‘voilà’ toujours en montrant la boule et quand le loquedu montre son gobelet, le manipulateur le soulève, il n’y a rien et il dit ‘voiloù’.

Dites donc mes belins,  belines, vous y croyez pas que ça mériterait que mon mot y figure dans le dictionnaire de l’Académie ?

 

     souillarde : c’est une petite pièce attenante à la cuisine où il y avait l’évier et comme que le dit Cheyenne, il était pas en saint-toc-tique, mais en vraie pierre. Il n’y avait que l’eau froide ; on tirait l’eau chaude du poêle à charbon dans le réservoir du bas à droite par le truchement d’un petit roubinette en laiton et pour les ceusses plus chic, ils tiraient l’eau chaude d’une bouilloire qui chauffait en permanence sur le coin du poêle.

Quand j’étais mignard, par chez nous, il y avait cette petite pièce. Le réduit, en renfoncement comportait une petite fenêtre, donnant sur la gare de Vaise et la pierre d’évier occupait tout le fond de la pièce. Elle servait à entreposer la vaisselle sale comme de bien s’accorde, mais aussi avant de dîner ou de souper à éplucher et laver les légumes du potage.

Sous l’évier on entreposait les casseroles, marmites et tout un cuchon d’ustensiles ménagers. Sur l’étagère du haut, il y avait les produits d’entretien, le moulin à café les boites en osier avec les couverts et divers petits ustensiles.

Plus tard, quand le formica est arrivé et le radiateur au gaz de ville dans le couloir permettant d’alimenter aussi le chauffe-eau, cette pièce a été transformée en cabine de douche. J’étais alors lycéen. Pour les cognes-mous, artoupans et claques-posses qui tacheraient de se gausser et qui me prendraient pour un ancêtre, je précise que je suis pas vieilloque, mais intemporel.

 

     loquetière : c’est la clé de l’entrée principale d’un appartement ou d’une propriété.

 

     dire pipette : cette expression ne figure pas non plus dans les dictionnaires d’argot ou de lyonnais, sans dire pipette ou sans dire un mot figure dans un roman  d’Erckmann-Chatrian qui la met dans la bouche d’un soldat du XVIIIème siècle. Précisons que ces deux écrivains ont écrit de nombreux contes et que Pipette fait aussi partie des contes traditionnels de Gascogne.

Quoi qu’il en soye, cette expression reste bien usitée depuis les autrefois jusqu’à nos jours.

 

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Sucramus 16/08/2010 18:24



Salut Fab,Content de te revoir par ici, tu nous manquais.J'ai trouvé le com de la Pie qui a fait l'estafette et le tien chez Mac Do. Désoléd'arriver si tard, mais hier,alors que je rentrais
d'une embuscade de trois jours avec les beauf's j'avais rédigé ici un com que je ne trouve pas...


Pour l'embuscade, j'ai pensé à toi. On est allés au Val d'Ajol pays de l'andouillette au marché artisanal. Bien sûr on a goûté les andouilles, les saucisses, pâtés et toute sortes de tripailles
emballées dans le boyau de cochon le vrai pas en platière mastic comme dans les grandes enseignes complices de la mauvaise santé, de cheville avec l'industrie de la pharmacie pour faire bouffer
des médicaments aux bestiaux qu'on nous tronçonne en jambons au borax...


 L'andouille c'est une chose mais tu connais les pieds de cochon farcis à l'andouille...ben mon colon, j'ai frisé la syncope tellement c'est bon. Quand je retournerai au Bouchon (ouais
on en a un ici) je m'en ferai péter les papilles et le bide!


Je vois que tu vas prendre soin de Jeannot ces prochains jours, je suis sûr que votre ribotte va l'inspirer et qu'il va nous concocter des textes à nous faire saliver.


Alors lezamis, je vous souhaite une bonne virée pleine de bonnes bouffes arrosées juste comme il faut en ces circonstances...


Avec mes amitiés


 


 



JEANSANTERRE 13/08/2010 22:48



Bonsoir Fab , hé bé pas bavard c'te (bénard l')ermite. N'a t-il plus de langue ou a t-il fait voeu de silence comme certains religieux ?  Je relirais ton texte plus sérieusement, car là,
j'suis fatigué.  Que cheyenne se rassure , j'ai déja mangé (mais rarement) de la tripaille et j'apprécie ces spécialités surtout quand elles sont bien accomodées avec moult condiments. Quand
à tenir la bouteille, il y à longtemps que je ne me suis pas testé, mais ce n'est plus l'envie du beaucoup mais du meilleur qui me tente. Donc ivresse il y aura, pas celle du vin mais celle des
mots c'est sûr !  A bientôt Fab. AMITIE. Jeansanterre



cheyenne 13/08/2010 20:30



Ben de toutes façons, un ermite, ça  n'a pas besoin de causer?  si tu veux tenir  salon, tu fais pas ermite-


 mais  je  suppose qu'il nous réserve des surprises, c't hermite là...


Alors comme ça, tu  va  nous dévergronder le poète?  tache moyen de ne pas l'emmener dans  des lieux  d'infamie... c'est fragile et délicat,
un poète- j'espère que coté  estomac, il assure, parce que je pense que  tu va  pas l'emmener  au Mac Do ( tu sais cet endroit où les boites  en polyquelque chose ont le
même  gout  que  ce qu'il y a  dedans - si t'a bien la dalle, tu  becte le tout, ça calle -


Bien le bonsoir, notre conteur, je vais à la soupe, il y  e  a  déjà un qui rode  devant lefrigo et   a pris pmusieurs acomptes en
disant que  dans cette baraque y a pas d'heure...


Mais avant , je fais un tour  chez les chats -  dire  bonsoir à tout le monde,  faire les recommandations d'usage , genre dire à Drolesse
qu'elle  profites pas de la nuit pour  casser la binette à Chéérazade qu'elle  a pris en  grippe,  dire à Brando qu'il faut pas  sauter Bagatelle, enfermer Petite
Etoile qui dort  dans une  touffe d'herbe  depuis  un mois mais  qu'a pas  pigé que maintenant les nuits sont fraiches- et enfin, les chatons ....couvrefeu à 21 h
maintenant, plus personne dehors car ils  n'ont  que  2 mois et demi et  il fait plus frais maintenant - sauf que, hier  soir j'en ai oublié un -  Paul l'a trouvé au
matin, seul  enfermé dans la petite  cour des chatons, qui brâmait comme un perdu ...